- Ma?tre Eckhart a sombré dans la folie.*
Cette fin m’a fait très mal, j’aimais beaucoup ce personnage de foi.
- Ruh, Eckhart avait une fixette pour la petite.
- Peut-être, mais… Cette folie lui a permis de la revoir une dernière fois.
- à quoi bon se tourmenter pour de l’irréel, mon frère ?
Le chauve passe la main sur son crane.
Fut un temps, il n’aurait pas pensé le contraire,
Mais aujourd’hui… cette vérité ne passe pas.
- Tu sais… J’étais devenu fou sans vous.
- Comme Eckhart ? rit Habib.
- Comme Eckhart. Fou.
- Comment ?a, Ruh ? Tu es un esprit habile.
- Je vous voyais toujours, tant?t pour me hanter, tant?t pour m’accompagner.
Mais j’étais seul et abandonné.
Sans c?ur pour parler,
This novel is published on a different platform. Support the original author by finding the official source.
Sans émotion pour pleurer,
Puis…
Tu te souviens ? Cette araignée…
Puis…
Ouch… la céphalée…
Puis…
Ta vision se trouble, tu vas t’écrouler.
…
Ruh rouvre les yeux sur l’épaule de son frère.
Le livre qu’ils lisaient était posé sur la table.
Il n’avait pas une couverture exceptionnelle ;
Derrière de simples pages
Se trouvait un contenu rédigé à merveille.
- J’ai fait la rencontre d’une créature, devenue humaine en dévorant une partie de mon c?ur.
- Qu’est-ce que tu dis ? C’est vrai, cette horreur ?
Tu respires,
pour essayer de te souvenir.
Il faisait froid, il neigeait.
Tu revenais d’un duel enragé.
L’envie de vivre s’était dissipée.
Entrant dans une grotte, tu as vu l’araignée.
Tu l’avais suppliée de te tuer.
- Il faisait froid, il neigeait.
J’étais épuisé, suite à un duel contre Vinakari enragé.
C’était un guerrier corbeau redoutable, dont j’ai volé les épées.
Je venais de te perdre, mon envie de vivre s’était dissipée.
Et… en entrant dans une grotte pour me réfugier…
Je songeais à mourir, à en terminer.
Il y avait une araignée, alors je lui ai demandé.
Oui, je lui ai demandé de me tuer.
- Elle l’a fait ?
- à mon réveil, elle était devenue à moitié humaine.
Elle m’avait raconté qu’en croquant une partie de mon c?ur, elle était devenue comme ?a, satisfaite.
De plus, elle m’a confirmé que mon corps se soignait. Sacrée veine.
- Eckhart n’avait pas un compagnon sur qui compter.
- En vérité, si, Habib. Antonin. Il pouvait compter sur lui, mais a préféré se renfermer.
- Se renfermer ?
- Sur lui-même… Et j’ai préféré me méfier d’elle pour rester dans ma folie.
- Pourquoi ?
- Car après ta mort, tout m’était hostile.
J’en venais même à me demander si l’air était néfaste, parfois.
Je ne pouvais imaginer une alliée…
Enfin, je dis “alliée”, mais elle me voyait comme un ami.
Et moi, comme une future ennemie.
- Heureusement que ce rêve est terminé.
- … Sacré rêve.
Habib va se préparer pour dormir.
Ruh est en face de la bougie.
Elle illumine son ?il vert,
avec lequel il fixe son bras manquant,
symbole d’un souvenir d’antan.
- … Sacré rêve.
*Référence à Croix de Cendre, d'Antoine Sénanque.

