— Il est où… ton téléphone ? demande-t-elle en chuchotant.
Garfield tend sa main vers la sienne.
— Viens. Je vais te montrer. On doit juste… passer sans faire de bruit.
Zoé hésite une seconde, puis glisse sa main dans celle de son frère.
Si petite. Si fragile.
Et pourtant… elle n’avait jamais eu aussi confiance en quelqu’un de toute sa vie.
— On doit sortir de la chambre, murmure Garfield. La pièce secrète est juste à c?té de la salle de bain… au fond du couloir. Tu sais, la plaque de bois, là, sur le c?té.
Il mime un carré.
— Soixante centimètres par soixante. Papa disait que c’était juste un vieux coffrage. Mais moi, j’ai vérifié.
Zoé avale difficilement sa salive.
— Et… il n’y a personne ?
Garfield jette un coup d’?il rapide à sa tablette, ses doigts glissant sur l’écran comme si c’était un prolongement de son cerveau.
— Non. Le couloir est vide. Il a d? s’en aller.
Il hésite, puis ajoute :
— Mais on reste prudents, d’accord ?
Il lui tend la main. Zoé la prend aussit?t, comme un réflexe vital. Garfield ouvre la porte de la chambre millimètre par millimètre, surveille sa tablette de l’autre main, puis fait signe d’avancer.
Le couloir appara?t, long, étroit, éclairé par la faible lumière orange d’une veilleuse. Le parquet, ancien, grince au moindre pas. Les murs sont décorés de cadres familiaux : Zoé déguisée en fée, Garfield en chevalier, leurs parents souriant entre eux, ignorant qu’un jour ces murs seraient témoins de cauchemars.
Zoé avance lentement, collée à Garfield.
Elle entend son propre souffle plus fort que celui de son frère. Lui respire vite mais de manière ma?trisée, contr?lée, comme s’il essayait de tromper même son corps.
La maison, d’habitude chaleureuse, semble devenue un couloir de tombe.
à gauche, la salle de bain, porte entrouverte, carrelage blanc.
à droite, le vieux placard où leur mère rangeait les draps.
Plus loin, la rampe de l’escalier plonge vers le salon, invisible d’ici… mais Zoé sait ce qu’il s’y trouve. Ce qu’ils y ont vu.
Elle ferme les yeux une demi-seconde pour ne pas vaciller.
Et tout en marchant, quelque chose de plus fort, de plus doux, remonte malgré sa terreur.
L’admiration.
L’amour.
Son frère.
Ce petit gar?on brillant au QI trop élevé, qui lisait des manuels de cybersécurité comme d’autres lisent des bandes dessinées.
Qui réparait les objets cassés en cinq minutes.
Qui lui avait fabriqué un collier avec une imprimante 3D, “juste pour la voir sourire”.
Garfield, qui la tenait maintenant fermement, comme si c’était lui le grand.
Elle serra un peu plus sa main.
Elle n’avait jamais eu aussi confiance en quelqu’un.
Il n’y avait personne d’autre qu’elle aurait voulu suivre dans cette nuit qui ressemblait à un piège.
Elle s’imaginait parfois adulte recevant des vidéos de lui depuis l’espace après qu’il ai annoncé son objectif de devenir astronaute.
Garfield tend son bras devant elle pour la protéger en arrivant au fond du couloir.
— On y est, murmure-t-il.
La plaque de bois est là.
Rectangulaire, un peu plus foncée que le mur, posée sur la tranche.
Invisible pour quiconque n’en connaissait pas l’existence.
Garfield pose la main sur le bord pour la soulever…
Et tout d’un coup.
Un choc violent, un bruit sec qui résonne dans la maison.
La hachette s’enfonce dans le c?té de son crane.
Zoé crie, un cri qui se brise dans sa gorge. Elle voit son frère s’effondrer. Le monde bascule. La hachette a jailli d’un mouvement latéral, surgie de l’ombre de la salle de bain, dont la porte entrouverte lui avait semblé innocente une seconde plus t?t.
Elle le regarde, assis sur le sol, immobile. Ses yeux, si vifs quelques secondes plus t?t, sont maintenant fixes, perdus dans le vide.
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C’est comme si tout ce qu’il avait été, tout ce qu’il aurait pu devenir, venait de s’éteindre d’un coup.
L’univers, cruel, semblait avoir décidé de stopper net l’avenir de Garfield, de briser le chemin d’un enfant brillant avant même qu’il ne commence.
Zoé reste figée. Sa poitrine se soulève, irrégulière, le sang frappe son c?ur à chaque battement.
Ses mains tremblent, inutiles, suspendues dans l’air.
Son souffle saccadé remplit la pièce, chaque inspiration br?le sa gorge, chaque seconde semble durer une éternité.
Elle se penche vers lui, la peur la clouant sur place. Ses doigts cherchent une chaleur, un signe de vie, mais il n’y a rien.
Rien que le froid du sol, l’immobilité de son frère, et le silence.
Son esprit refuse d’accepter. Elle ne peut pas. Pas lui. Pas Garfield. Pas maintenant.
Tout ce qu’elle ressent se mélange : la terreur, la panique, l’injustice, la tristesse.
Chaque émotion la traverse comme une lame.
Elle voudrait hurler, mais sa gorge reste bloquée.
Elle voudrait pleurer, mais ses yeux refusent de verser des larmes.
Elle regarde autour d’elle, la salle de bain cette porte d’où le tueur vient de surgir le couloir, la plaque de bois… et la réalité s’impose : quelqu’un a volé son frère, a volé son avenir, et il n’y a rien qu’elle puisse faire.
Zoé n’a pas le temps d’avaler une seule goulée d’air qu’une voix résonne derrière elle, calme, presque satisfaite :
— Haha, je savais que vous passeriez par là.
Elle se fige, incapable de se retourner.
Le tueur s’avance d’un pas lent, tra?nant légèrement sa hachette encore humide. Il incline la tête, comme s’il observait une expérience qui se déroule exactement comme prévu.
— Cette petite cachette… souffle-t-il. Jolie trouvaille. Même tes parents n’en avaient pas idée, pas vrai ? Dit-il avec un sourire trop humain pour être le sien.
Zoé sent son estomac se tordre.
Comment pouvait-il savoir ?a ?
Comment pouvait-il conna?tre quelque chose qu’elle n’avait découvert que par hasard, quelque chose que personne absolument personne n’était censé conna?tre dans cette maison ?
Son esprit tourne, trébuche, cogne contre des questions qui n’ont pas de réponse.
Zoé tremble, paralysée, tandis que le monde continue de tourner autour d’elle, indifférent à la perte de celui qu’elle aimait plus que tout.
Zoé recule instinctivement, ses mains crispées sur le sol.
Ses yeux balayent la pièce, cherchant quelque chose, n’importe quoi, une issue.
Un hurlement monte dans sa gorge. Elle tente de crier, d’alerter les voisins.
— C’est pas la peine je les ai tués aussi.
Son souffle s’arrête un instant. Ses mains se crispent davantage. Elle pense à la porte à sa droite, juste à quelques mètres. Peut-être… peut-être pourrait-elle s’y précipiter, la verrouiller, chercher de l’aide.
— Oulah… essaye même pas, haha… j’y ai mis tes parents.
Son esprit est embrouillé, peut-être pourrait elle feindre un malaise dans l'espoir qu'il reparte.
— Hahaha t'es pas sérieuse, j'espère? Rit-il pour se moqué d'elle.
Zoé recule encore, le dos contre le mur. Son esprit s’emballe. Chaque idée qui lui traverse la tête, chaque mouvement qu’elle envisage, il le conna?t déjà.
Elle ouvre la bouche, prête à hurler?: il coupe ses pensées avant même qu’elles ne s’échappent.
Elle pense à fuir par la fenêtre, à se cacher derrière un meuble… et il commente, implacable, comme s’il lisait dans son esprit, anticipant tout.
Un frisson glacial parcourt son dos.
Elle comprend enfin. Ce n’est pas seulement une question de rapidité ou de ruse. Il sait ce qu’elle va faire avant même qu’elle ne le fasse.
Chaque mouvement qu’elle envisage est déjà déjoué. Chaque pensée qu’elle croit secrète est déjà une arme contre elle.
Son souffle devient court, irrégulier. Son corps est paralysé par l’effroi.
La pièce rétrécit autour d’elle, les murs se rapprochent, le sol semble dispara?tre sous ses pieds.
Et dans ce silence oppressant, Zoé sent la vérité?: elle n’a aucune surprise, aucune chance
L’homme avance d’un pas tranquille, tra?nant légèrement sa hachette contre le parquet. Le bruit griffe l’air.
Zoé sent sa respiration lui br?ler la gorge, mais elle n’arrive pas à bouger. Ses doigts tremblent, crispés sur le sol.
Le tueur s’accroupit doucement devant elle, comme on se mettrait à hauteur d’un enfant pour lui parler.
Son visage est étrangement calme, presque doux.
— Tu avais une belle famille, dit-il en observant la pièce autour d’eux. Vraiment belle.
Il laisse échapper un souffle, pas un rire, pas un sanglot. Quelque chose entre les deux.
— J’aurais aimé en avoir une comme ?a.
Zoé déglutit.
Elle voudrait détourner le regard, mais elle n’y arrive pas. Il est trop près. Trop calme. Trop… humain.
— Mon père, lui… il n’était pas ce genre d’homme.
Sa voix se fait plus basse, plus lente.
— Ce porc... il avait toujours des idées… particulières sur comment un gosse doit apprendre l’obéissance. Et il avait des amis pour l’aider.
Zoé sent ses doigts se crisper malgré elle. Elle comprend.
Elle comprend trop bien.
Le tueur penche la tête, comme s’il observait la réaction sur son visage.
— Ma mère ne disait jamais rien. Jamais. Elle regardait ailleurs. C’était… plus simple pour elle.
Ses yeux se perdent un instant dans le vide, comme s’il revivait quelque chose de très loin.
Puis il sourit. Un petit sourire. Pas heureux. Pas cruel. Juste… brisé.
— Mais ?a, c’était avant.
Il relève ses yeux vers elle.
— Maintenant… j’ai les dons d’Agares.
Zoé frissonne. Elle ne conna?t pas ce nom. Mais quelque chose dans sa manière de le prononcer lui fait froid dans le dos, comme une vérité qu’elle n’est pas censée entendre.
— Grace à lui, plus personne ne peut me surprendre, dit-il doucement.
Il rapproche légèrement son visage du sien.
— Plus personne ne peut me faire du mal.
Zoé a l’impression que tout l’air se vide de la pièce.
L’homme continue, d’une voix trop calme pour un homme couvert de sang :
— Je sais ce que les gens vont faire avant qu’ils ne le fassent.
Ses doigts tapotent le manche de sa hachette.
— Personne ne peut me prendre au dépourvu. Personne ne peut m’échapper.
Un sourire lent étire ses lèvres.
— Pas même toi.
Il incline encore la tête, comme pour mieux la voir trembler.
Zoé ne trouve plus l’air.
Son c?ur cogne contre ses c?tes, violent, désordonné.
La panique lui ronge la pensée, mais elle sait une chose :
elle est coincée avec quelqu’un que même la peur ne peut surprendre.
Les mots de l’homme se diluent, deviennent un bourdonnement lourd autour d’elle.
La pièce se déforme, son champ de vision se resserre.
Zoé tente d’inspirer, mais l’air ne vient plus.
Ses yeux roulent malgré elle.
Et dans un dernier vertige, son corps lache.
Elle s’effondre, inconsciente.
— Donc en gros, c’est pile ou face. T’adoptes un chat errant, tu sais jamais s’il va ronronner ou t’arracher la main.
— Soren… soupire-t-elle.
— Quoi ? C’est toi qui as sorti la métaphore animalière. Moi je développe.
Cette fois, elle laisse échapper un rire bref, nerveux.
— Tu traverserais une apocalypse en faisant des blagues, toi.
— Je fais ce que je peux avec ce que j’ai. Et visiblement j’ai pas de démon moi, juste une grande gueule.
— Crois-moi, parfois c’est pire, répond-elle.
Je la regarde, un peu surpris du ton.
Elle tourne la tête vers moi, mi-fatiguée, mi-amusée.
— Et puis… dit-elle en reprenant la marche, s’il n’y avait que des bêtes blessées, on aurait la vie plus simple. Le problème, c’est qu’il y a aussi des prédateurs.
Je fronce les sourcils.
— Genre… des gens qui passent un pacte juste pour le plaisir ?
Elle hoche lentement la tête, un frisson lui passe dans la voix.
— Certains adorent se br?ler les ailes.
Je reste silencieux un instant.
Puis, fidèle à moi-même :
— Je préfère encore les chats. Une balle en aluminium, un canapé et ils sont tranquilles.
Elle se tourne vers moi, lève un sourcil.
— Tu compares vraiment la magie noire aux croquettes ?
— Si t’avais vu la tête que faisait ton patron quand il m’a étranglé, oui. ?a valait une croquette.
Elle rit.
Un vrai cette fois.
Et sous la lumière des lampadaires, je remarque un truc étrange :
?a lui va bien.

