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Chapitre 28 Episode Onsen

  Je marche en crabe, la jambe gauche en feu, luttant contre la gravité d'une ville qui penche. Sur les trottoirs, une autoroute de rats détalent vers les hauteurs.

  Je croise des passants, courbés pour compenser la pente, ils ne me calculent pas. ? Six cuivres la baguette ! Six ! ? gueule un nain devant sa boulangerie. ? C'est du vol ! ? ? à cause de la cha?ne cassée ! Les livraisons n'arrivent plus du Secteur Sud ! ? ? C'est Mozan, j'vous dis, ? répond une cliente. ? Il a encore fait sauter un labo. Si ?a continue, on va glisser dans le ciel ! ?

  Je trace.

  Je passe devant un mur couvert d'affiches de propagande. Des posters officiels, lisses, brillants, montrant le profil d'un homme qui regarde l'horizon avec confiance.

  "LE C.V.O. STABILISE L'AVENIR. UNE PENSéE DROITE POUR UNE VILLE DROITE."

  Par-dessus, quelqu'un a barbouillé à la peinture rouge un symbole grossier, un ?il dans un livre ouvert. Et une phrase, "ILS SAVAIENT. LE CIEL EST NOTRE VRAI CONTINENT."

  J'accélère. Je ne veux pas savoir. Je veux juste me laver.

  Deux rues plus bas, comme promis par le Gnome, "LE RINCE-COCHON - Bains, Saunas & Plaisirs - Tarifs de groupe"

  Le logo est sans équivoque, un cochon anthropomorphe qui se frotte le dos et les fesses avec une brosse, un air extatique et un peu malsain sur le visage.

  à cause de la pente, la piscine intérieure dégueule sur le trottoir à travers les joints des briques. Je patauge dans une flaque savonneuse pour atteindre la porte.

  La chaleur humide me frappe. ?a pue la rose synthétique et la sueur. Derrière le comptoir, Lola. Une Minotaure de deux mètres, une masse de muscles sous un t-shirt transparent taché de café. En dessous, rien. Juste de la fourrure et une généreuse anatomie que je préfère ne pas détailler. Sa perruque blonde tient par miracle entre ses cornes roses. Pop. Elle éclate sa bulle de chewing-gum.

  Elle me regarde. Boue. Sang. Odeur de chien. Elle ne sourit pas, ou peut-être que si, c'est difficile à dire.

  ? On ne fait pas crédit, chéri. Et on ne prend pas les tickets resto. ?

  Je claque 5 pièces d'argent sur le comptoir humide. ? Je veux un bain, ou une douche. Un coin privé. Et du savon. Beaucoup. ?

  Elle ramasse les pièces avec des doigts boudinés mais étonnamment agiles. ? 5 argents, c'est l'accès cabine. Pour 5 de plus, tu as le supplément compagnie. ? Elle me fait un clin d'?il, enfin je crois.

  Je regarde Lola. Je regarde la tache de café. Je regarde ses bras qui pourraient plier mon piston hydraulique en deux. ? Je... je vais passer mon tour, Lola. Regarde moi, je sort des égouts. ?

  ? 4 Argents et je te rejoins, j'adore les bains de boues. ?

  ? Et j'ai... uhh, probablement attrapé un truc contagieux. ?

  Elle hausse ses épaules massives et soupire. ? T'es pas joueur. Cabine 6. ?

  Elle me tend une clé avec un bracelet en plastique rose et un morceau de savon gris qui ressemble à une pierre ponce.

  If you spot this narrative on Amazon, know that it has been stolen. Report the violation.

  ? Je repasserai. ? Je lui fais un clin d'?il, ma paupière ne se décolle pas.

  Je traverse le vestiaire commun. Des gnomes, des trolls, de orcs, tous à poil. Je vois une elfe enlever sa serviette et fouetter un nain avec.

  Je trouve la cabine 6. C'est un box en bois avec un rideau qui ne ferme pas complètement. Le bassin est en pierre, l'eau déborde à gauche. Pente oblige.

  Je me déshabille. Je grimace en voyant mon corps dans le reflet d'une vitre. Je suis maigre. Couvert d'hématomes. Ma peau est rouge par endroits à cause des vapeurs acides et des solvants. Je dépose mes affaires, le Bipper, le Miroir, le baton, la clé, l'argent.

  Je noie mes fringues croutées de boue et autres joyeusetés dans une bassine. L'eau vire au noir pétrole instantanément. Je verse la poudre "Le Décapeur" que j'ai récupérée plus t?t. Je touille avec le baton. ?a siffle.

  J'entre dans le bain. L'eau est chaude. Br?lante même. Mais elle n'est pas claire. Elle est laiteuse, trouble, avec une pellicule grasse en surface.

  ? Aaaah... ? Malgré tout, mes muscles se relachent. La chaleur pénètre mes os.

  Je me retourne vers la vitre, c'est un aquarium encastré. à l'intérieur, deux sirènes me fixent avec des yeux de poissons morts. Elles ont le maquillage qui coule et les écailles ternes. L'une d'elles tire sur une cigarette magique qui ne s'éteint pas, recrachant des ronds de fumée bleue qui remontent à la surface. Je leur fais un petit signe de tête. La fumeuse met un pouce vers le bas.

  Scully s'assoit sur le rebord. Elle regarde l'eau avec fascination.

  ? Mmmh. Un bouillon de culture. Regarde cette texture, Murphy. C'est plein de vie. Hihi. Des millions de petites bactéries qui se battent pour te manger les pores. ?

  ? Je sais que je nage dans la crasse des autres, mais c'est chaud, donc je m'en fous. ?

  ? C'est une soupe d'ADN. Tu devrais boire la tasse, c'est un repas complet. Hihi. ?

  Cette sale petite...

  Je frotte ma peau avec le savon. J'évite de penser aux idées de Scully. ?a gratte, ?a pique, ?a fait mal. Mais pour la première fois depuis longtemps, je ne sens plus la mort. Je sens le savon bon marché. C'est le luxe absolu.

  Je me détends enfin dans le bain, mes pensées s'éclaircissent. Je ferme les yeux et je pense longtemps.

  Je repense à Ponzi. à son sourire de requin, à ses dents en argent, et surtout à cette dernière phrase, lachée avec un clin d’?il juste avant que je ne lui refasse le portrait au piston : "Et n'oublie pas, Sky is the limit !"

  Sur le moment, j'ai cru à une formule toute faite de crypto-bro sous coke. Mais maintenant que j'ai le cul dans l'eau chaude et le cerveau à l'endroit, ?a résonne différemment. Le ciel. Mon HUD est dans le ciel. Est-ce qu’il savait vraiment quelque chose… ou est-ce que je fais ce que tout le monde fait quand tout part en vrille ? Relier des points qui n’existent peut-être pas...

  Depuis que j'ai mis les pieds dans ce monde, chaque catastrophe est taillée sur mesure pour ma pomme. Je suis un "Game Changer", qu'il disait au téléphone.

  ? Il a aussi dit Déchet, hihi. ?

  ? Scully, casse toi de ma tête ! ?

  Ils m'ont sortis des égouts, ?a doit vouloir dire qu'il veulent que des catastrophes se produisent en ville.

  Je serre les poings sous l'eau. Ils croient que je suis un pion qu'on déplace pour rigoler ? Qu'ils peuvent me coller des dettes et des titres à la con en attendant que je crève ?

  Je devrais fuir? Non. De toute fa?on, vu comment je me fais trimballer dans tout les sens contre mon gré, ?a ne sert à rien.

  Ok. Ils veulent gérer l'apocalypse ?

  Je vais leur en donner une ou deux...

  Je vais être le cheveu dans la soupe. Je vais être le gravier dans leur chaussure. Je vais être le bug qui fait crasher leur putain de sauvegarde.

  Une odeur d'amande amère commence à me chatouiller les narines, me tirant de ma rêverie vengeresse. Un sifflement. Comme une fuite de gaz. J'ouvre un ?il.

  ? De la mousse... Pourquoi c'est toujours de la mousse... ?

  La bassine où trempent mes vêtements déborde. Un monticule de mousse blanche, dense et crépitante, est en train de monter. Elle ne s'arrête pas. Elle gonfle comme un soufflé radioactif. Pschhhht. Une bulle éclate en touchant le sol en pierre. La pierre fume instantanément.

  Je réalise ma connerie. J'ai mélangé de la poudre à récurer probablement périmée avec des résidus de monstres alchimiques et de l'eau chaude. Je n'ai pas fait une lessive. J'ai créé un élémentaire de nettoyage agressif.

  La mousse tourne vers moi. Elle n'a pas d'yeux, mais elle a une intention : décaper.

  Je suis à poil, dans un cul-de-sac, et j'ai 0 Mana.

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